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Intervention de S. E. Monsieur Hubert de
LA FORTELLE, Ambassadeur, Représentant Permanent de la France
auprès de la Conférence du Désarmement, lors
de la première séance plénière de la
Conférence du Désarmement sous Présidence française
(Genève, le 30 mai 2002)
Monsieur le Secrétaire Général, mes chers collègues,
Au moment où la délégation de la France prend
pour quatre semaines la Présidence de la Conférence
du Désarmement, permettez-moi de vous dire quelques mots
d'introduction! Je souhaiterais tout d'abord dresser un constat
de la situation dans laquelle se trouve notre Conférence.
Je m'attacherai ensuite à sérier les causes de la
paralysie actuelle de notre enceinte. Enfin, je vous livrerai quelques
indications sur les intentions de la Présidence française.
Avant d'entrer dans le vif du sujet, je tenais à remercier
tous mes prédécesseurs qui se sont succédés
à ce poste depuis le début de la session 2002: le
chargé d'affaires égyptien, M. Mohamad Tawfik, l'Ambassadeur
Fisseha Ymer Aboye d'Ethiopie et mon collègue et
ami, Markku Reimaa qui vient de me passer le relais. Il a fait
un travail remarquable à tous égards. Tout ce qui
pouvait être tenté par lui, mais aussi par ses prédécesseurs,
l'a probablement été.
Le constat, tout d'abord.
Le processus de désarmement se poursuit. J'en veux pour preuve
la plus récente la signature par les Etats-Unis et la Fédération
de Russie d'un nouveau Traité de réduction de leurs
arsenaux nucléaires stratégiques, qui marque un progrès
important et positif.
Ce n'est toutefois un secret pour personne que la situation n'est
guère encourageante dans cette enceinte. Nous sommes confrontés
à une double difficulté et à la tentation du
contournement.
Une double difficulté.
- En premier lieu, la voie de la négociation. Ce qui est
trop évident passe souvent inaperçu, comme le dit
Saint Exupéry, l'essentiel est invisible aux yeux" et
l'on n'aime guère à regarder ce qui crève les
yeux. Les formules de compromis sur le programme de travail élaborées
par les Présidences successives depuis 1999 n'ont pas pu
aboutir. Dans le contexte actuel, la voie de la négociation
semble malheureusement conduire à une impasse.
- En deuxième lieu, la voie du dialogue. Les expériences
accumulées par la Présidence qui vient de s'achever
tendraient à démontrer que la voie dite du dialogue
ou de la discussion, qui pourrait déboucher à terme
sur une ou plusieurs négociations, ne semble pas pouvoir
être acceptée par tous.
La tentation du contournement.
Plus la Conférence est célébrée comme
le "forum multilatéral unique de négociation
sur le désarmement multilatéral" par référence
au paragraphe 120 du document final de la Première session
extraordinaire de l'Assemblée Générale des
Nations Unies consacrée au
Désarmement, plus elle est contournée dans les faits.
Les uns après les autres, les sujets qui auraient vocation
à être traités dans cette enceinte lui échappent
comme entraînés par une force centrifuge irrésistible.
Y-a-t-il une fatalité de l'échec ? Nous ne le pensons
pas.
J'en viens aux causes de cette situation.
Elles se situent manifestement à l'extérieur de notre
enceinte. Bien qu'il n'entre pas dans mes ambitions de Président
de procéder à une analyse de l'environnement stratégique
actuel, je dirai seulement que, plus que tout autre domaine des
relations internationales, le
désarmement multilatéral est étroitement tributaire
des évolutions actuelles qui concernent la sécurité
internationale. Les profondes mutations stratégiques auxquelles
nous assistons depuis plusieurs années créent des
incertitudes sur les conditions des futurs équilibres mondiaux.
A ce propos, même si les motifs d'inquiétude ne doivent
pas faire oublier les nombreux développements positifs, la
situation ne semble pas propice à l'émergence d'un
consensus international sur les prochaines étapes du désarmement
multilatéral. Or, ce consensus est indispensable à
la remise au travail, dans de bonnes conditions, de la Conférence
du Désarmement.
Rien ne serait plus erroné que de chercher à imputer
nos difficultés actuelles à une quelconque mauvaise
volonté ou à une créativité défaillante
des délégations genevoises. Au contraire, de nombreuses
pistes ont été explorées depuis le début
de la session 1999 pour tenter de débloquer la situation,
malheureusement sans succès à ce stade.
Dans ces conditions, l'essentiel est sans doute que nous nous attachions
à préserver la Conférence en tant qu'instrument
d'un désarmement multilatéral - qui, n'en doutons
pas, connaîtra des heures meilleures- sans céder à
la tentation de recréer ailleurs ce dont
nous disposons déjà ici.
Quelles sont enfin les intentions de la Présidence française
?
Elles sont claires, à priori limitées mais largement
fonction des idées qui pourraient émerger de mes consultations.
Tout d'abord poursuivre les consultations en restant à l'écoute
des délégations.
Il n'entre nullement dans mes intentions de partir de zéro.
Il existe un acquis, un "patrimoine commun" pour reprendre
la formule de l'Ambassadeur du Chili, constitué par les propositions
officielles ou non de mes prédécesseurs à cette
fonction. Je n'oublie certainement pas les dernières propositions
de l'Ambassadeur Reimaa. Je conserverai à l'esprit ce "patrimoine"
dans le cadre des consultations intensives que j'ai déjà
entamées et que je vais poursuivre avec l'ensemble des délégations
dans un esprit de totale transparence. Rien ne serait plus regrettable
que de négliger ce socle!
J'ai l'intention, ensuite, de n'écarter aucune piste qui
pourrait s'avérer prometteuse.
Il découle de ce qui précède que je n'ai aucun
à priori et aucune idée arrêtée dans
la tâche qui m'incombe durant ces quatre semaines. Je serai
à l'écoute de toutes vos propositions et suggestions.
Je vous consulterai sur celles qui me paraissent prometteuses et
susceptibles de recueillir un large appui. Je m'engage à
vous informer régulièrement de l'état d'avancement
de mes consultations et de mes réflexions afin que n'existe
aucune zone d'ombre sur les intentions de la Présidence.
Je ne perds pas de vue - bien sûr - le travail utile des trois
coordonnateurs spéciaux sur les questions de procédure,
qui bénéficiera de mon plein soutien.
Dans ces moments difficiles, oeuvrons tous ensemble pour tenter
de faire mentir un grand diplomate français de la fin du
XIXème siècle et du début du XXème,
Paul Cambon qui disait que "la diplomatie est l'art de lutter
avec insuccès contre la force des choses."
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